Analyse | Bourse du carbone : Éric Duhaime réussit à imposer le débat
Il n’y a pas eu de grands débats quand Jean Charest a annoncé que le Québec se joignait à la Western Climate Initiative en 2008. L’objectif était de plafonner les émissions de gaz à effet de serre et de mettre en place un système d’échange de droits d’émission. Le débat n’a pas été plus vif lorsque le système a officiellement pris son envol en 2013. On croyait alors que ce n’était qu’une question de temps, que tous les États finiraient tôt ou tard par attribuer un prix à la pollution. Encore tout récemment, bien peu de gens au Québec semblaient remettre en question la bourse du carbone, alors même que la controverse fait rage au Canada anglais depuis des années. Les choses ont bien changé depuis que Mark Carney est devenu premier ministre du Canada et qu’il a choisi de ramener le prix du carbone à zéro. Éric Duhaime, qui réclame depuis des années une baisse des taxes sur l’essence, a immédiatement saisi l’occasion pour se définir comme meilleur défenseur des automobilistes. Alors que tous les partis représentés à l’Assemblée nationale appuient la bourse du carbone, le Parti conservateur du Québec (PCQ) occupe seul un autre terrain politique. Engagé dans un bras de fer déterminant dans la circonscription d’Arthabaska, le chef conservateur a poussé le Parti québécois (PQ) à entrer dans la danse. Sans remettre en question l’appartenance du Québec au marché du carbone, Paul St-Pierre Plamondon s’engage maintenant à amoindrir l’écart entre les prix à la pompe au Québec et en Ontario s’il est porté au pouvoir, l’an prochain. La Coalition avenir Québec (CAQ) est aussi sur la défensive : champion autoproclamé du portefeuille des Québécois, le gouvernement doit expliquer pourquoi il ne veut pas consentir aux Québécois le même genre de répit fiscal dont bénéficient désormais les autres Canadiens. On peut bien sûr s’interroger sur le bien-fondé de la proposition conservatrice. Se débarrasser de la bourse du carbone priverait l’État de revenus et bénéficierait uniquement à ceux qui possèdent un véhicule à essence. C’est sans parler de la capacité du Québec à atteindre ses objectifs en matière de réduction des GES, qui pourrait en ressortir amoindrie. Il n’en reste pas moins que l’enjeu donne enfin au Parti conservateur la lumière dont il était à la recherche depuis les élections générales de 2022. Sans représentation à l’Assemblée nationale, la partie n’a pas été facile pour la formation politique ces dernières années. Après s’être aventuré sur des terrains parfois moins fertiles, Éric Duhaime est revenu à ses thèmes de prédilection : le coût de la vie, la fiscalité et la taille de l’État. Les tergiversations de la CAQ au sujet du tramway et du troisième lien, dans la région de Québec, lui ont aussi donné du grain à moudre. Des sondages récents placent maintenant le PCQ en quatrième position, devant Québec solidaire. La concentration du vote conservateur pourrait d’ailleurs permettre au parti de remporter une poignée de sièges l’année prochaine, du moins si on se fie aux projections des agrégateurs. En réclamant la fin de la bourse du carbone, le PCQ met le doigt sur un enjeu facile à comprendre qui touche une large proportion de la population. Le parti n’ayant jamais fait de l’environnement un de ses chevaux de bataille, il n’a pas à expliquer comment il financerait les initiatives qui sont actuellement soutenues grâce au Fonds d’électrification et de changements climatiques, dans lequel sont versés les revenus du marché du carbone. Le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon dit vouloir réduire l’écart entre les prix à la pompe au Québec et en Ontario, mais ne précise pas de quelle manière un gouvernement du Parti québécois s’y prendrait pour atteindre cet objectif. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel Pour le PQ, c’est un peu plus embêtant. Le parti veut réduire le prix de l’essence tout en maintenant le combat contre les GES. On promet de réduire le déficit, mais on est tout de même prêts à se priver de revenus. La CAQ a aussi ses propres problèmes. Le parti devait couper dans la bureaucratie pour réduire le fardeau fiscal des Québécois, mais sa gestion budgétaire a plutôt entraîné la décote du Québec. À un an et demi des prochaines élections, le ministre des Finances écarte toute baisse des taxes sur l’essence et s’érige désormais en protecteur de l’environnement, un rôle qu’on n’est pas spontanément porté à lui attribuer. Au-delà du débat sur le prix de l’essence, les plus récents événements nous donnent un aperçu des débats qui pourraient jalonner la prochaine campagne électorale québécoise. Même si l’inflation se stabilise et que les taux d’imposition ont été réduits il y a deux ans à peine, les promesses de réduction du fardeau fiscal conservent tout leur charme. Ainsi ne faudrait-il pas se surprendre de voir les différentes formations politiques s’engager à nouveau sur ce terrain l’an prochain. Le fait que le Québec ait enregistré deux déficits record d’affilée devrait normalement inciter à la prudence, mais la campagne électorale fédérale a montré qu’une bonne partie des électeurs font peu de cas des cadres financiers qu’on leur présente. Le Parti conservateur ne demanderait sans doute pas mieux que le prochain scrutin porte sur le coût de la vie et sur la fiscalité. À voir la tournure que prend le débat sur la bourse du carbone, il pourrait bien être exaucé.Forcés de réagir

Un débat précurseur
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